La journée internationale des filles

La journée internationale des filles: Un récit sur les femmes exclues

11 octobre 2016

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Je m’appelle Anina CIUCIU, je suis Romni citoyenne Franco-Roumaine. Avec mes parents et mes trois sœurs nous avons dû fuir notre pays la Roumanie pour échapper au racisme, à l’humiliation et à la misère. Mais en Italie, puis en France, nous avons été confrontés au même rejet, à la même stigmatisation et à la même pauvreté. Nous avons survécu dans des bidonvilles misérables, squats et autres logements insalubres. Notre existence même était clandestine. Jusqu’au jour ou nous avons eu la chance de rencontrer des personnes généreuses qui nous ont tendu une main pour nous relever de de cette situation injuste et nous ont aider à récupérer notre dignité. A partir de ce moment, mes sœurs et moi avons pu aller à l’école. Aujourd’hui, j’ai obtenu un Master en droit à la prestigieuse Université de la Sorbonne, j’ai publié deux livres et je me prépare à devenir avocate .

Ce choix de carrière n’est pas anodin, au contraire il traduit ma volonté de continuer de façon plus efficace le combat militant dans lequel je suis engagée depuis plus de 4 ans pour la défense des droits humains fondamentaux et contre les discriminations dont sont particulièrement victimes les Rroms en Europe.

Au prix des sacrifices immenses faits par mes parents et grâce à leurs soutien indéfectible et à leur amour, j’ai compris très tôt l’importance de l’école. J’ai compris très tôt que l’école était le seul moyen de sortir de la fatalité misérable qui nous est assignée , de devenir maître de sa vie et de regagner sa dignité. Mes sœurs et moi avons de la chance d’avoir eu des parents ayant tout sacrifié pour notre éducation et notre bonheur, de la chance d’avoir fait une heureuse rencontre.

Mais je suis pleinement consciente que de trop nombreuses filles aujourd’hui dans notre monde, n’ont pas cette chance. J’ai bien souvent vu de mes yeux et expérimenté l’injustice du sort qui nous est fait en tant que Rromnia, aussi bien au sein de l’ensemble rrom, que dans la société politique à la quelle nous appartenons, bien que souvent elle nous rejette. En effet, sur les femmes des groupes exclus convergent les trois formes majeurs de violences sociale : violence de sexe, violence de classe et violence de race. Je sais que chez nous comme dans d’autres communautés , les filles sont mariées bien trop jeunes et passent de l’emprise du père à celle du mari. Je sais aussi que dans la société majoritaire c’est sur elles que pèsent les plus lourds préjugés et qu’elles se font refusé l’accès aux droits les plus fondamentaux comme l’école, la santé, le travail.

Mais j’ai été marquée dès ma plus jeune enfance, par la force inébranlable, le courage et la beauté des femmes de ma communauté qui m’ont servi de modèle et m’ont encouragé à devenir ce que je suis. Tout d’abord ma mère, une femme extraordinaire, le pilier de la famille, une femme qui malgré les obstacles nombreux qui se sont dressés devant elle, a su puiser en l’Amour qu’elle nous porte la force nécessaire et l’espoir pour aller de l’avant, sans jamais se plaindre. Une femme qui m’a transmis la force inébranlable de l’Amour. Puis bien plus tard, d’autres femmes qui ont elles aussi la particularité d’appartenir à des minorités ethniques telles qu’Angela Davis ou Christiane Taubira qui se sont battues pour la justice et l’égalité pour tous et toutes, m’ont appris la puissance d’agir des femmes dans la lutte pour l’émancipation non seulement des femmes elles-même mais pour les communautés marginalisées dans leur entier. Et c’est là en effet, l’enjeu fondamental du féminisme intersectionnelle. La lutte pour l’émancipation des femmes et des filles ne doit pas être menée contre les Hommes et ne doit pas être un facteur supplémentaire de stigmatisation et de rejet des communautés minoritaires. Au contraire, l’émancipation des femmes dans ces groupes exclus ne peut aller que de pair avec la libération de ces communautés marginalisées et de la transformation de la société toute entière. C’est pourquoi, garantir aujourd’hui à nos filles des conditions de vie décentes, l’accès à la santé, à la sécurité, à l’éducation c’est leur permettre de devenir les femmes libres et fortes de demain, c’est leur permettre d’acquérir cette puissance d’agir nécessaire à la transformation de notre société. C’est voir en elles la promesse d’un monde plus juste.

A l’occasion de la journée internationale des filles ce 11 octobre , je souhaiterais saluer vivement les initiatives portées par l’ONU tendant à renforcer droits des femmes et des filles ainsi que les efforts projetés pour atteindre l’émancipation des femmes et l’égalité avec hommes, qui sont dans le contexte socio-politique mondial actuel plus que jamais nécessaires. Mais selon moi, chaque jour devrait être considéré comme une journée internationale des filles, car chaque jour il est nécessaire de se battre pour faire sortir nos filles, nos soeures, nos amies de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté, la violence, l’exclusion et la discrimination, chaque jour devrait être un pas pour les rapprocher des femmes libres, dignes et forte qui construiront un monde meilleur.

Anina CiuCiu

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